Décembre 2005


Loin de Cuba

27.12.05 

Duras me faisait de l'œil assise nue sur des marches d'escalier en forme de piano. Il n'y a rien à dire sur ces jours, tous les mêmes, cette forme ignoble de lassitude de tout, les vicissitudes de l'existence c'est cela? Ou bien un éternel retour des choses; Ralentir. Slow , slow, tu voudrais bien danser un slow avec moi un jour, toi? Arrêter de chercher au fond du cœur, les ongles sales à force de gratter, ralentir les chevaux fous des déviances, sur n'importe quels virages. Le visage dans la suie dorée des fêtes, orgie bruyante des monstres déconfits sur confiture. Quelle drôle d'ambivalence de ces jours là. Le sapin prêt à être jeté à la poubelle, l'empressement toujours, qu'est-ce qu'on attend? Au pied noirs de l'arbre il n'y avait pas d'oubli. Quelques étoiles et une gifle froide au lendemain. Manger parfois c'est sordide, quand au dessert ma seule volonté c'était de tuer mon père, quand à l'entrée je babillait seulement, inconsciente des charmes désenchanteurs qui s'abattaient sur moi. La voix blesse, le nez dans l'assiette, je pourrais dire: je ne t'en veux pas, Papa, de tes maudites généralités, après tout ta fille doit bien être malade oui mais non je ne peux pas, je t'en veux bien Papa, laisse moi tirer la langue jusqu'à l'arracher pour te montrer à quel point elle est rouge, laisse moi plonger mes mains dans l'eau froide éponger cette fièvre immense qui brille au fond des yeux. Et le sapin clignotait dans le soir, les petits enfants de chœurs chantaient à la télé et j'avais une pierre fendue qui blessait mon ventre. A genoux dans les toilettes, le front contre un carreau grisâtre à vider le vin blanc. Je n'ai personne à haïr, bien trop à réfléchir. Il faudrait ralentir, oublier l'an dernier les quais brillants des cœurs flambants et profiter de l'instant seulement, quand cet hiver glacial me susurre des poèmes à l'oreille, quand Tempus ne m'a pas encore lâchement décapitée. 

Raser mon crâne d'idées tristes, Noel c'est la foire à bestiaux tant mieux c'est fini. Réviser sur les ronces et des chrysanthèmes bleus. L'enlacer sur la place rouge hier, me demander si tout ça n'est pas seulement un rêve de poussières d'or de ses yeux, un rêve oscillant par moments, ce rêve qui me fait oublier parfois le prix à payer. C'est ignoble ça, ce prix à payer pour la douceur, le bonheur de ses lèvres. Je ne parle pas d'injustice, il n'y a pas de monde juste de toute façon. Le ciel est chargé et neigeux, j'ai un hydre gras dans l'estomac vide. Et trop de creux à combler. Lire un livre snob dans le métro, revenir chez moi la démarche sans conviction. La démarche des enfants gâtés par la vie qu'ils ne savent jamais quoi en faire.
Douter. Même des anges.

23.12.05

La peau transie de froid
respirait par endroits
en asthmatique

C'était novembre. La nuit aux brumes froides dans le parc. J'aimais.
Ma main frétillant dans ta poche. Il y avait des mirages
Et ce flou immense du pâle soleil
Non. Ce n'était pas Noel.
les lampadaires étaient des lanternes
C'était Novembre et nous descendions aux enfers
Ces halos d'or sans crépuscule guidaient nos rires
Turner peignait des boucles rousses dans le ciel
Et des mats de grands bateaux noirs
qui se reflétaient sur le Rhône
C'était novembre. Je t'aimais. Sans le goût des fêtes à bon Dieu
Dans des lumières étranges et des poussières d'histoires
Que je ne sais plus écrire, les arbres étaient des silhouettes tremblantes
Et le lac était moiré par les fumées de la ville
un écrin noir sans les perles

22.12.05

Les étreintes moites et le soleil qui ne se montre pas. Ce matin essayer de me noyer dans mon thé en vain. Me retrouver dans la Ligne D en avance, descendre à la Guillotière, quartier désert et immeubles haussmanniens surgissant de l'asphalte, ou peut-être que c'est l'asphalte qui surgit entre les barres, je n'en sais rien. L'œil morne sur les pigeons des balustrades, oublier le temps; les vieux arabes regardent passer la fille et ses mouchoirs sur ce qu'on appelait autrefois place du pont. Le marché aux puces gris, et les toxicomanes blonds et beurs greffés dans les coins de rue, les restaurants chinois glauques, le monde éteint comme une flamme entre les doigts d'un monstre. Morgane m'a suggéré gentiment de me noyer dans le fleuve pour changer. Fixer les chantiers étalés près du Rhône. Regretter le calme, la candeur et tout ce qui va avec, regretter n'importe quoi les yeux rivés en bas. Le vieux bossu derrière me regarde je sens ces yeux dans mon dos, il a peur que je saute. Me retrouver dans le parc après le petit chemin, assise sur le rebord en pierre au dessus d'un monde inconnu, à 13h le soleil se couche presque, le ciel a les teintes morbides du crépuscule, du jour émasculé par l'ombre. Ecouter des musiques stupides pour pleurer en paix pour pas grand chose. La nature est comme pétrifiée par le froid, arriver avec 10min d'avance les yeux moins vifs et visqueux qu'auparavant. Percer des abcès avant, peut-être ce qu'il y avait de mieux a faire.

Te retrouver. Depuis quand est-ce qu'on dit que ça a changé? Balancer les dés. Il y a des choses qui sont encore là, précieuses, il y a des choses que je n'ai pas encore laissé filé. Comme la sensation de ta peau collée à la mienne, comme les communions secrètes, ou juste la présence, c'est tout. Et puis ce reste qui nous manque où est-il? Ces autres, ces mots, et ces lieux divers. Hier devant l'écran je ne savais même pas comment décrire la peine. Comment dire. Est-ce que tu as vraiment oublié pourquoi tu m'as aimé. Est-ce que j'oublie. Et peut-on s'aimer plus, peut-on. Je ne sais pas. Ce qui manque, la virtuosité qui nous manque à nous tous, tirer des larmes ça je sais faire mais ce que je veux c'est tirer des sourires. Se perdre je disais en avoir rêvé, mais pas autant tu sais. Me perdre en toi ça je voulais, pas rencontrer l'indifférence, en aucun cas. Le chemin est traitre, dans le ciel sombre de la nuit, déjà. Je disais: "j'ai tant de fleur à offrir à qui viendrait les chercher", et là rien est acquis. Si tu penses qu'on ne connait jamais vraiment quelqu'un, cherche encore un peu là, derrière l'épaule, ou tout près des creux des os je ne sais pas.

Prendre la vie pour une démone, les heures joyeuses dans les draps, les langages des soupirs. Il y a des dialectes que tu sais mieux parler que n'importe qui. Est-ce que tu voudrais bien parler un jour, sans tes lèvres aux miennes. Se tromper. Il ne faudrait que les yeux, c'est ça le problème. Ces yeux qu'on baisse et ces banalités qu'on se laisse quand j'ai tant à t'offrir. La nuit tombe. Rentrer chez moi comme on sort d'un rêve troublant. Ce n'est pas une question d'amour, c'est une question d'oreille, et la saison chante faux. Il y a bien des choses à changer, le monde par exemple. Il y a bien des choses à garder contre soi, ces solfèges florilèges qu'ils disent sacrilèges, ce genre de mélopées souterraines et sirènes pour qui je ferais des efforts cette fois.

22.12.05

Des heures troubles. La nuit sent les regrets. Ils m’étouffent. Me retourner dans le lit en pleurant des larmes tièdes. Pour tes mots à toi, et pour quelques images qui brûlent, les quais au soleil de janvier, certains soirs. Si tu savais comme cette année m’est difficile pour un rien, ou plutôt, comme l'année passée m'est douloureuse des fois, si tu savais comme j’aimerais te parler parfois, vraiment, où sont les frontières dans ces cas là ? Si tu pouvais venir accrocher cette petite douleur dans mon thorax et l’enlever avec tes mains, si je pouvais te le dire : viens. Ne lèche pas mes larmes, laisse moi juste pleurer devant toi à nouveau, laisse moi te raconter d’autres choses, laissons les civilités au bord du lit pitié, je me fous des tropiques inaudibles. Si l’on pouvait se comprendre une fois. Lever les voiles pour l’œil nu, une fois seulement. Ailleurs que les pleines nuits et les plaines corporelles.  

21.12.05

Une feuille vierge balancée au vent. Une petite douleur au creux des yeux et des étoiles perdues dans des ciels sombres et vénéneux quand avant-hier on charmait Moura du bout des doigts. Peut-être que ce n'est pas de l'amour tout ça. Hier rester plantée sur l'hydrologie, alterner la chair et le cahier je n'aime pas cette ambivalence mais est-il question d'aimer? Les jours deviennent fous et ma vie prend comme à chaque fin d'année des sens étranges, à perdre le Nord et rechercher les Sud de sa morphologie à elle, les Sud des corps pas moins hard que d'autres, de corps pas moins fragiles que les roches, ni plus salins ni alcalins. J'ai du basalte suave dans la bouche; mais ça vous ne comprendrez pas. La vie respire difficilement aujourd'hui, elle a les lèvres bleuies de baisers et de froid. Boire du vin chaud pour nourrir l'âme, quelque chose me tourne la tête, très chère taisez moi. J'ai gardé des petites étoiles scintillantes entres les doigts et le ciel ne veut pas pleurer il a trop froid et toi t'as vu le ciel comment il brille moi je suis folle je veux t'aimer à casser les vitraux des églises laisse moi devenir cinglée à dessiner des châteaux laisse moi t'épouser juste pour un jour et violer les pianos. Je voudrais bien hurler à n'importe quelle vierge saignante qu'elle est moins belle que toi, je voudrais bien jeter des pierres dans l'eau pour assécher le Rhône, si j'étais un gamin aux cheveux en bataille comme Chateaubriand à huit ans.

Les arbres sont morts, leurs branches charbonneuses comme des bras de zombie maladroits. Aujourd'hui c'est le jour le plus court, trouver le temps trop long dans le froid. Pourquoi c'est toujours quand on se quitte qu'on ralenti autant, pourquoi la nuit nous tombe dessus si vite quand je voudrais rester à tes manches comme un pingouin stupide. Mimer la Marche de l'Empereur jusqu'à n'importe quel asile, je m'en moque moi de tout ce que l'on peut dire, fais moi taire un peu c'est mieux. A manger mes gâteaux tout près de l'eau sans t'en donner un morceau, pardon les mouettes inexistantes, pardon le fleuve sale de voir toujours passer les même enfants. Je m'excuse à la nature de ne pas être à sa hauteur même sur un pont. Ce soir c'est lord Byron qui chante de l'opéra dans mon ciel, un peu malade, on l'est tous, un peu folâtre dans la chambre aux reflets saumâtres, les leçons à la main sans travailler, je ne sais pas respirer sans mots pour me guider. Fixer les schémas bien trop schématisés faites moi taire, je ne sais plus bien quoi faire. Camisoler les volcans et puis n'importe quelle pierre. Les heures se sèment comme dans un champ.

19.12.05

Un réveil chaotique. J'ai fait des mauvais rêves. La mer me brûlait comme jamais. Ouvrir les yeux en sursaut pour atterrir ligne D. J'ai pensé que cette journée n'allait faire qu'approfondir l'hypersensibilité cruelle qui me prenait à la gorge de bon matin. Ce gouffre entre les rames et le métro qui happe les âmes comme une hydre. L'homme est-t-il un monstre ou le monstre un homme? Toute une question. Le petit chemin est givré quand je regarde d'un air goguenard le panneau bleu estampillé Grenoble au dessus de ma tête. Encore une autoroute que je ne prendrais plus, en rire, je me moque de toi ville noire et plate, je me moque de la vie. Je serais photographe de nus à Berlin ou écrivaine à la Havane plus tard. M'agenouiller à l'autel des fous et fixer la déesse de tous les dingues, un mélange de Marlène Dietrich avec le regard vicieux de Houellebecq et la voix éraillée d'un jazzman du Bronx. En offrande j'ai un cœur fumant si vous voulez.

La journée est confuse, peut-être parce que j'écris tard dans la nuit et sans recul. Revoir mes mains agrippées au drap vert amande _ peut-être que c'était une autre couleur _ les vertèbres tremblantes, mammifère offert à ses délicieux fers. Guetter le plaisir de tous côtés, empiler nos bras et nos jambes dans une fosse privée et doucereuse. Il y a deux univers, la réalité et celle des amantes, celui des vivants et des demies mortes dans le lit. Juste quelques folies. M'enfouir dans son parfum comme une affamée. Il serait temps de laisser les hontes et les gênes de leurs côté. Fixer l'œil aux lueurs brillantes et empoigner les corps affaiblis de l'hiver. T'extraire des frissons et te mettre sous des couettes de bien être c'est tout ce que je veux mais j'ai les mains froides. Le Irish coffee refroidi et la chantilly loupée, les chiennes jappant dans le noir pas encore tombé. Et des reflets de vacances méritées pour les désastrées.

18.12.05

Un cinéma poétique pour une fatigue décimant mes chevilles, errer ensuite parmi les livres en la regardant fouiller les antres des bibliothèques pour ses cadeaux de Noël. Vision des couvertures éclatées le long des rayons, et cette nausée des pages, ces poésies et ces prix Médicis flottants sur les étalages. Est-ce que les livres sont encore des icônes? Leur sanctuaire aujourd'hui me fait tournoyer dans le vide. Une sensation étrange pulsant dans ma poitrine, comme les crises de spasmophilie sur le canapé. Les livres, c'est une nature, et là c'est une forêt, l'air humide des enfers amazones; et cette maladie là, enfouie sous le pull, elle revient. J'ai un problème de relation avec l'écriture, et avec la lecture qui plus est. Parcourir chaque ouvrage, l'oeil hagard à mesure des heures, m'en dégoutter comme rarement. 

Écrivains je vous hais, peut-être parce que je n'en suis pas une. Et ce problème là, c'est une détresse, à vous lire je vous déteste et m'incline. Sur n'importe quel livre j'ai le front courbé, ce soir, par la fatigue, et tous les jours, par la jalousie muette. Je voudrais être une page, et que ceux qui n'écrivent que pour eux me jettent la première pierre. Je suis coupable d'un vice incurable, mais je l'avoue seulement à la lune. En rire, dis Saturne, ma belle qui lui ressemble, Saturne dis-moi, tu crois que je ne veux pas être de ceux là? De ces dieux muets et sobres aux éditions Grasset. Je me rend ivre de n'importe quelle manière, je me saoule comme n'importe quel pauvre, de n'importe quel vin rouge pour oublier, c'est n'importe quelle matière, ma propre peau y passe sans préavis. Jouir à en pleurer, ça existe oui.

Et quand je veux trouver des cheveux d'or dans tes anneaux, quand je me cherche en toi de partout, quand c'est toi ma planète, alors revient le goût de l'impossibilité. Les livres sont tout ça, cet recherche d'oubli quand je n'écris pas, et cette réminiscence ignoble entre tes bras. Écrire parce qu'il n'y a pas le choix, écrire parce que seul asile possible en dehors des corps. C'est retrouver des joyaux n'importe où, et quand M.D disait Hiroshima mon amour, même le pire avait du sens. Peut-être que c'est ça notre problème. Avoir perdu la boule dans une terre déjà ronde. Les sens c'est de l'orgasme payant jeté aux fauves, ou seulement la désillusion. Il est intense ce sentiment. Parcourir milles rangées, Jésus est aux coquelicots, et moi je meurs en touchant le rouge rugueux des pages comme des plaies. Les miennes sont aux myrtilles, comme l'odeur de la chambre verte, insidieuse, et cette impuissance à regarder les livres, je la donne aux œillets des morts douloureuses parce qu'elle me reste insupportable.

16.12.05

12h03 Le Saint James et une musique traditionnelle irlandaise. Ce curieux sentiment de déjà vu, cette anxiété travailleuse et fourmillant dans ma tête as usual, mêlée à la douceur de l'hiver en position pause sur nos télécommandes aliénées. Le chauffage s'est mis en marche trop tard dans la chambre verte, découvrir le corps nu les pieds sur les carreaux froids à errer dans le couloir vide en cherchant mon pull. Le matin les gens sont des fantômes, c'est peut être à l'aube qu'on se rapproche le plus des morts, à l'heure des naissances qu'on côtoie plus les non vivants et ce passé étrange, certain d'avoir existé mais toujours en doute, et toujours inconnu. Voilà à quoi sert l'histoire, se rapprocher des morts c'est tout. L'histoire, science funèbre. Enfiler mes affaires le cœur coincé dans mes chaussettes. « que vita! » me dit Dante. Le fusiller du regard. Toi et ton paradis ignoble, tes enfers et ce monde odieux du purgatoire. Toi et tes faibles dévots vénérant le pavot autant que l'hostie. La belle femme avait raison _ pas la Vierge, l'écrivaine, mais c'est pareil. Les écrivains sont tous des saints depuis l'Évangile _ Si nous avons encore l'hostie, c'est bien ce reste de cannibalisme attardé au crâne, ce corps du christ. Ne pas comprendre, être athée c'est être aveugle, ou soudainement voyant?

14h56

Rage sourde à ne rien entendre. Grimper les escaliers de la fac avec une habitude presque triste, toutes les habitudes sont des tristesses, il faudrait que chaque jour ne brille que par les premières fois, ou bien qu'un jour je sois éreintée du changement pour enfin changer d'avis. La rage est mécanique, elle s'appelle Hatshepsout, comme la pharaonne tyrannique, elle s'appelle Reine et dragonne, enfouie en moi comme sous les éboulis. Je voudrais mourir étouffée par ses bras tellement elle me fait mal des fois.

Avant je n'écrivais pas sur elle. Elle était aussi honteuse que la honte qu'on ressent quand ils nous traitent plus bas que les graviers. Je suis humaine, je crache à la gueule du vent en croyant le dompter, et nous alors? Si le vent me dépasse, eux, personne ne les arrête. Les typhons se déchaînent et broient les os. Le Crime, lui, reste sourdement impuni. Je me demande, s'il y avait une quelconque justice dans le monde, après la femme, qui viendrait, après les crimes milles fois faits aux femmes. Qui viendrait au monde? Il serait plein de la rage jusqu'alors contenue en moi. Ainsi. Il n'y aurait plus de piété, ni pitié. Et le piaf vole encore, et cette terre reste toujours la même.

Le haut des escaliers. Si j'avais été Chateaubriand, comme tu disais, j'aurais tué. Faire un pas devant l'autre tel l'enfant. Marcher sans tête. Vois, elle roule sur le côté dans une grimace macabre, ce monde est macabre, tout ça ce n'est qu'une immense farce à peine digne de bourrer une dinde. Tu verrais les globes vides, deux trous noirs et happant le regard du passant, deux mines aux charbons délicats. Deux fleurs boueuses de nos ébats. Et une phrase. Une seule: je ne sais pas même pas ce que j'éprouve devant tout ça. Je dis: « je voudrais tuer », je dis c'est tout. Grimper des marches, le flot de sang les descend agréablement, comme si la source pleurait. Me cacher derrière un pilier. Pleurer pour ça, je ne sais pas, et sortir un flingue je ne sais pas non plus. Et la rage, dans ce fleuve rouge, elle aussi elle se noie. Pourquoi est-ce rien ne surpasse les douleurs? Et achève si vite les humeurs, les fluides déjà fragiles. Le thorax mort, entrer salle 326.

15.12.05

Der Himmel. Le ciel.
Cette virtuosité qui nous manque.
Le verre sur la colonne de céramique.
J'ai envie d'alcool et de porcelaine, de lait de peau, de peau de lait, de sucre
Salivant et doucereux. Mélanger l'âme.
Et cette faim que le thé n'apaise pas.    

14.12.05

Lettres avortées. Je n'ai jamais le temps de finir mes phrases que le papillon arrive déjà sur les tables de café. Sourire et me jurer d'arriver en avance, sans réussir à tenir mes engagements. Il y a dans le froid une alternance d'angoisse et de douceur. C'est peut-être toujours comme ça en fait, dans n'importes quelles saisons. Aujourd'hui, ne pas sentir l'esprit de Noël. Derrière la faculté de droit, dépasser les langues étrangères et les étudiants d'administration, ce tapis de jeunesse tissé d'illusions. Et la rage sourde envers tout le monde pour des raisons qui m'échappent. Monter trois étages et reprendre l'écriture dans la salle 326. Encore des changements, cette année est une mouvance continuelle. La lettre de la doyenne glissant entre mes doigts, une acceptation muette.  

La vie est un grand QCM, entendre la  voix aseptisée qui dit: "êtes-vous sur de votre choix?" Abandonner la majeure histoire, un peu à regret. Me concentrer sur cette géographie étrange, matière que l'on ne connait jamais assez, comme des profondeurs d'océan, ou une des terres dont ils nous parlent et qui paraissent inaccessibles, un peu cruelle quand elles nous plaquent au visage la vérité: nous ne les verrons jamais. Le monde est aujourd'hui puissamment cruel envers moi. Me retrouver adossée à n'importe quel mur des couloirs, ceux là dans la fac des civilisations. Ces murs étrangers, impersonnels, sans murmures. Sans la sombre délicatesse, la lèvre ourlée du soir tombant et les crépuscules sous les chauffages.

Ce que tu ne sais pas. Ou que tu suppose peut-être. L'an dernier me semble douloureusement antique.

Briser des liens. Je ne veux plus de relation avec le passé, mais souvent il s'invite, il pénètre. J'ai rêvé d'un viol station Garibaldi. Hier soir j'étais errante dans l'agglomération, aucune envie de rentrer chez moi, la laisser prendre le métro, pressée, descendre quatre station avant et marcher. Besoin d'un air quelque part, aux poumons ou ailleurs. Faire renaître une rage étrange contre moi, un souffle au coeur. Peut-être que nous nous voyons trop, en fait ce n'est même pas peut-être. Peut-être trop d'entrecroisement sans jamais se croiser vraiment. Derrière les immeubles, la peur indicible de l'étouffement. Ne pas décrocher les combinés, ne pas sourire l'espace d'une seconde et me faire mal seule par ma sécheresse soudaine. Je ne sais pas ce que je veux, charmer l'attente, je ne sais pas. Parfois il n'y a plus rien de doux en moi. Il reste cette rage et ce mouvement de recul, subit, et stupide. Assise dans la salle, reconsidérer mes position et jouer aux échecs avec mon crâne. Qui gagne dans tous ces jeux. J'ai des fiertés ridicules. Me sentir de trop dans la classe masculine, d'une masculinité pathétique et loupée. Se sentir fragile à force de heurts et de cahots. Et ce goût dans la bouche, après la salive. A force de les fixer. Ces yeux clos les reins contre la chaise. Il y a une forme d'aliénation dans la féminité qui pense trop.

12.12.05

Il n'y a pas de possibilités, pas de retour. Je veux partir j'ai dit il faut briser les chaînes comme avec n'importe qui ici, c'est de l'abîme noir hurlant ôtez moi de vos liens laissez moi dans une fuite saine une fuite sauvage, fauve et lâche. Le carnet rouge est vain, à chaque phrase écrite le coeur tressaute: il manque le clavier, il manque le manque de toute chose, l'attente, la douleur ce monde est trop doux, je ne sais pas dire adieu. Le seul essai c'était cette lettre niaise et grise tapée en palatino linotype façon années cinquante qui te disait des mots que moi je ne dirais pas. Moi je ne te dirais rien tu sais bien déjà tout. Ce blog n'est pas pour toi, mentons. Il n'y a aucun talent dans l'amour, on se répète à déchaîner les foudres de n'importe quel dieu, reécrire les étreintes, les crier même, charmer tous les anges, toutes les mésanges et chaque mésentente, l'analyser. Freud aurait rit. 

Hier sur le rebord de tous les mondes, le café était bondé il y avait cette fatigue typiquement féminine, presque charmante à voir, penser encore, encore je voudrais t'emmener n'importe où au frais de mes idées. Te prendre en grippe et te donner des fièvres délicieuses à implorer les dieux et les olympes. Mais tout est déjà dit, je flanche, le TER part sans moi maintenant depuis des semaines, les jours se succèdent on se voit trop on s'imbibe on s'abreuve et je voudrais écrire. J'ai de tristes paradoxes cousus à mon coeur, quand je voudrais écrire encore et que le stylo tombe sous la table, les cafés ne sont pas paradis des écrivains, Sand racontait des conneries, je voulais tenter mais "j'attente" trop. J'ai tellement essayé de changer. Tellement essayé de fuites à en perdre les mains de partout, j'ai le goût des irrémédiables dans la gorge. 

La rage est sans remède, et j'avais oublié à quelle point elle est plantée dans mon antre moite. Lorsqu'on naît à moitié il y a toujours une rage, loin de celle de survivre. La survie c'est pour les amputés du coeur, les peureux. Et me voici, je disais vouloir tout sans aucune répression et c'est toujours le cas. Toi le papillon, les yeux doux et jaunes ancrés dans la page, n'importe quand; je veux te faire mourir sans aucune concession. J'ai toujours l'ego d'un monstre et je t'aime comme la liberté. Elle a la même odeur que toi, dans les cheveux, derrière la nuque tout près, cette peau frissonnante et amante. Cette forme de soumission à toute chose. Nous sommes tous des soumis dans l'existence. 

Parcourir Lyon et les illuminations. Il y a toujours une douleur timide dans les restaurants chinois, un peu indéfinie. Est-ce de la nostalgie? Suis-je trop jeune pour ce sentiment; peut-on être trop jeune pour quelque chose vraiment.. Manger mes pâtes âcres et délicieuses, balbutier les banalités affolantes à force d'êtres murmurées, verser dans l'excessivité. Hurler. Le monde me hurle dessus de partout, les lumière agressent, peut-être qu'il aurait fallu être dans ton lit à la place d'ici, je ne sais pas. Sculpter la foule comme une pâte à modeler, nous choisissons la forme quand un parasite gris vient nous importuner. Il y a toujours une forme d'injustice, quand ce monde là vient nous rappeler la faiblesse ancrée à nos mains jointes sans prières, où avec un dogme différent cette fois ci. Moi je choisi la haine, il n'y a rien d'autre, la hargne et la caresse pour une seule bouche. Les églises brillent, les quais sont beaux même trop colorés, Lyon est parée de jouets et nous sommes des enfants cherchant la lune en serrant nos gants. Le froid transperce à toute heure, grimper des rues et croiser nos yeux flous. Le Lax perché caché en haut d'une cime. Pourquoi se cacher encore je ne sais pas bien. Pour chercher la chaleur, chercher la sueur frère, ou soeur. Lier nos langues avec délice et sans regret de délaisser les foules pour ce bout de terre accueillante bien que chère. Découvrir les épaules; ne pas parler des Médicis, la fixer sous les néons. Les lumières sont toujours ici, ces illuminations perpétuelles d'un univers particulier que j'apprend à connaître, parfois à aimer, souvent à détester. 

Ici, c'est comme ailleurs, les sexes sont flous mais tout est comme ailleurs, une question d'attirance c'est tout. Je voudrais parfois les fixer eux tous: les rendre fous sous l'objectif, jouer au fashion terrorist, avec les genres, avec les doigts avec  la cagoule noir, les shooter sans grâce, les prendre au réalisme froid la tête dans la cuvette hurler toi tu vois ça? Siroter un demi, l'oeil brille. Un jour, j'étais sortie d'ici la veille du bac, avec cette forme de remord qu'on a quand on fait une connerie. Me jurer de vivre. Pas comme l'année dernière, j'en assez de l'incertain, je veux cette poignée de main avec les démons et les grâces, avec les nymphes et les hydres, cette confiance en tout. Je ne cherche plus à réaliser des rêves, je bois la réalité au verre et j'ai le coeur aussi vorace que le corps, ça est-ce que tu sais? La soif au coeur, est-ce que tu connais... Sortir du bar les membres noués par les glaces. Les faces des autres sont moches et grises quand toi tu respires à ma droite. Le monde n'est pas plus beau avec toi, il me prend plus à la gorge, il me comble et m'aspire dans n'importe quel espace. 

Définir mes pas, ici alors, "d'accord" dit l'âme, "si tu veux" dit le bras tout bas.

11.12.05

Manque de temps envie d'intimité ici c'est mon terrain de jeu sanglant de peep show doucereux mon bar personnel mes dérives allongées au couloir sans parloir sans rien. Hésiter à clore, changer quand elle dit "nous sommes changeants sans pouvoir changer vraiment" E. tu as raison, et tu ne mérites pas cette initiale commune pour ta chair tendre, agglomération des coeurs purs. Tout bat plus vite, j'ai les artères ivres de désirs et de champagne au crâne il y a le goût d'une salive sucrée contre ma bouche même la nuit. Ces jours sont des Noëls charnels, gelés toutes les journées, pas si pressés d'en découdre aux vacances, pas si fous non non pas si fou je le jure je ne te veux que du bien. Ce bien immense possédé à chaque seconde, ne plus l'écrire ici. Il y a des sensations étranges que mes doigts prêtent à dire aux lignes, mais ce virtuel là, si plaisant un temps n'est qu'un amas de mots et de phrases indistinctes. Je pensais qu'on pouvait se comprendre en parlant le même langage j'ai eu tort, personne ne saisit les remous. A peine les mains au bord de l'eau pour certains je me lasse. Avoir un plaisir sordide avec la feuille et briser mes mots sur du papier comme mon crâne sur un clavier sauvez moi. Je ne veux plus qu'on m'entende j'ai assez d'une oreille qui écoute si je mord le lobe qui gémit sous mes mains qui m'aime sans bien comprendre et je le lui rends bien.

Alors. Écrire encore, ici, et dans dix mille ailleurs. 

10.12.05 

Depuis combien de temps ne m'étais-je pas levée a 7h du matin un samedi? Depuis les vacances où j'avais peur de laisser les ailes du papillon s'éroder sans moi. Grimper des escaliers d'humeur descendante et ascendante des pentes de la croix rousse à Fourvière. Sortie de terrain, pour fleurs gelées sur les trottoirs. Échouer à la Gargouille, énième café, le cœur en vrille. Il y a l'hésitation. C'est étrange. Je ne pensais pas que ce jour là serait encore celui des premières fois. Le soupir. J'aurais voulu être un homme pour mettre l'indicible au doigt. Voir les étoiles briller près de la tasse, déposer mes désirs à côté et sourire par petites cuillerées. Au delà du rock chrétien, de la foule massée dans l'attente d'énièmes illuminations, de l'odeur du vin chaud et de celle kraft des cartes. Au delà. Atteindre une mélancolie immense le visage étreignant la vitre en déposant au creux de la paume 1cm de timidité ciselée. J'ai les sentiments honteux quand il s'agit d'avoir le mauvais rôle. Celui des mouvances et des folies.

Valdés près de la joue. Elle s'en moque de tout ça, de cette petite honte a supposer les réactions sans chimie. Sortir de la chaleur près de sa main et longer les eaux. Elle enlace quand je vacille agréablement, elle serre quand je fatigue. Lyon brille déjà, encore, ces lumières d'or et de Noël avancé pétillent au champagne de la nuit. Une fatigue bénéfique, et des jours meilleurs qu'autrefois, le papier kraft et cette héroïne rouge injectée à mon cœur juste par ses lèvres, cette douceur glaciale et plus charnelle encore dans le froid violent, plus humaine dans l'inhumain. Nietzsche grillé par un mégot. Zoé étalée sur l'asphalte comme une pâte d'amande grenat sur un lit d'ordures. Le carnet rouge sous le pied au réveil, no sex last night griffonné à l'écran. Me réciter les plus beaux mensonges et manger mon stylo. Je voudrais dire: j'ai menti. Rien de tout cela n'est vrai, cette fille là n'existe pas, et l'autre fée n'est que produit fou de l'imagination. Dire. Mettez vos yeux ailleurs c'est faux. Il faudrait faire peur, pétrifier par scandale, par amour. Garder les échos en nous, et toutes les résonances de la terre pour seule musique. Le bruit de l'horloge. Un clic clac et un livre. 

Les religieuses pleuraient devant la Vierge nue et pendue au plafond. Se réchauffer dans la cathédrale au gothique flamboyant. Mordre la foi comme on mangerait les lotus. M. me demandait qu'elle était ma profonde religion. Peut-être celle du corps, en peinture ou branché à mes mains comme une prise brûlante et murmurante. Peut-être celle de ces yeux jaunes. Je n'oserais pas répondre. On ne peut pas dire que les mots sont une religion. Cela reviendrait a dire qu'un reflet est plus important que l'objet; et je n'ai pas l'audace quasi magique des impressionnistes.

09.12.05

Après les Illuminations. Se laisser porter par des courants de douceur. Premiers cadeaux, Nina Bouraoui pour Maman, ce genre d'ouvrage dont certains disent qu'on ne se lasse pas. Et la douceur, de partout, l'envie d'écrire le mot dans les neiges inexistantes dans le froid sec. La douceur.  

07.12.05

Journée hydride. Humeur sale. Quelques pièces de monnaie jetées dans les égouts.

06.12.05

Jour pour demeurés, ce goût de sang me poursuivant tout le long des chemins; il y reste cette impatience de Noël fou depuis deux jours. Réussir quelques partiels, croire faussement que j'en avais raté un, je me sentais stupide en la regardant mais bon, qu'on pardonne ce manque cruel de confiance en moi, je n'ai pas eu la vie dure, alors ce mur de fonte et de verre dressé au bout des pieds, je ne le vois pas. L'Hôtel Dieu était vide. Même pas cette odeur d'hôpital que j'appréhendais. Seulement celle du mensonge. Le monde est un mensonge perpétuel dans ces choses là, c'est cela le problème. Ce n'est pas assumer un non dit qu'il faut, c'est assumer une immense connerie. Lire deux fois le questionnaire de l'établissement français de transfusion sanguine. Les couloirs ressemblaient à la fac, en plus baroques, la façade de l'Hôtel Dieu, longue et immense, de pierre froide. La lumière du matin d'hiver passait comme le vent entre les arcades, les gémissements étaient tus, mais la douleur elle, respirait derrière la porte, elle se faisait lancinante derrière les escaliers. 

Allée K, premier étage. J'ai pensé tourner à droite dans le coin vert et noir annoté Prévention en lettres grasses, arial black pour des virus mystères. J'ai trouvé l'hésitation stupide, déplacée même. Triste, un peu. Ce n'est pas à dix-huit ans qu'il faudrait hésiter. Nous avons la jeunesse soit pathétique soit morte au fond, soit étranglée de terreur ou au cercueil. Tourner à gauche. C'est peut-être ça la vie. L'hésitation. Laisser la prévention pour l'action. Me donner huit semaines pour y aller. Juste en avoir le coeur net, puisqu'on ne sait plus rien dans ce vide là. Lire le questionnaire deux fois, hésiter à cocher les bonnes cases dans la partie private room des feuilles blanches, puis le médecin s'en fout. 11 de tension faites attention qu'il dit du bout des lèvres, et cette allergie étrange qui m'interdit de donner mon plasma, la Chine qui m'oblige à me tester contre la malaria, le désert contre les hépatites, le reste je n'en sais rien. Le voir faire des petites croix rouges et feindre l'innocence. La poche dégouline. J'avais oublié la couleur de sang. Ce Bordeaux là comme du velours, velouté et caressant dans le tube. La veine tiraille un peu, je croyais ça plus rouge, ici c'est du carmin. 

Penser à de vieux mots, d'anciens camaïeux, une ancienne vie reflétée sur la peau blanche de Nadine M. l'infirmière attentive. Un ancien monde, des visages imaginés, aimés presque. On ne devrait jamais me dire que j'ai changé, mes mots sont encore les mêmes, seulement qui pourrait me blâmer de transformer les histoires vraies en fausse réalité? Tout est décor, tout est théâtre et nous ne sommes que des pantins, comme moi désarticulée comme une poupée, sur les bords d'une île ou ailleurs. Ici, sur le fauteuil. La vie est composée de chaises à l'infini. Ensuite, le café, son air de lutin mutin à me regarder. J'ai soudain l'œil vide, comme aujourd'hui, dans le même bar. Elle dit "je suis blasée". On l'est tous un peu je crois. En avoir marre des rues, des pigeons, du bruit, de la fac. Elle me suit sur le petit trottoir avant le palais de justice, je trottine, les yeux avides du moindre de ses gestes. Il y a quelque chose de comique dans mon attitude. Quoique je fasse, elle me rattrape. On ne change jamais en étant amoureux, on se dévoile, c'est différent, et ça des fois, ça me dérange un peu.

La place rouge sans Moscou, j'ai encore pensé. Le monde se rétrécit à la perspective de retourner en cours après mes pérégrinations. Quand hier c'était le sang aujourd'hui cet étrange parcours du combattant à chercher une idée de cadeau de noël devant ce fouillis de guirlandes au baroque clinquant. W.Self avait raison. Tout est une question d'idée du plaisir. Enlacées près d'une fontaine sale avant le métro. Manquer de raison. Manquer de raison. Ensuite ce sera elle et moi dans l'amphi F, la regarder écrire quand je feins le travail. Ensuite ce sera le retour dans le couloir jaune, la chambre verte, les grisâtres. Me remémorer de vieux fantômes inconnus, qui m'effraient toujours. Avant ils m'intriguaient, puis je les ai jalousé de t'avoir sous leurs doigts, je les ai crains même en mémoire, ils m'ont fait un peu souffrir certains soir, quand tu disais que je ne pouvais pas te comprendre, je les ai hais d'autres nuits à fixer tes humeurs sur le lit et ailleurs. Ne pas comprendre, c'est vrai, il y a des choses que je ne peux pas comprendre. Ton dégoût s'étirant sur ce temps qui passe. Est-ce que c'est le temps qui rend tout ça ainsi? M'identifier au mauvais personnage et sentir cette différence immense, qui surpasse la crainte d'une répétition de l'Histoire dans le mauvais sens, cette différence au bout des lèvres. Loin des fantômes, du dégoût, à apprendre a faire deuil de n'importe qui, quand je disais "je ne suis pas une autre." Je voulais dire vraiment: je ne suis pas ces autres, emporte moi et aime moi comme aucune et toutes à la fois. Simplement. 

04.12.05

Il y a ce parfum noir et fumant sur ma main, c'est l'hiver qui gèle les veines au relents du Léthé, j'ai oublié comme on faisait pour l'aube et ses beaux seins blancs entraperçus à midi _ après tout c'est toujours cette nuit longue et étirée _ tout le week end assoupie dans le manteau de Staline quand Noël flambe de tous côtés regarder la fontaine en souriant, si A. est dessus avec une couronne de laurier, si C. se livre dans les flots à charmer Sappho et ses muses, j'en riais. Reste ce parfum noir et fumant sur ma main, et cette attente débordante de vide dans la chambre verte, de photos noir et blanc empilées dans des coins mon esprit est plein d'angles secs et paresseux qui ne voudraient que dormir contre son ventre chaud à rendre jaloux son chat, à boire des élixirs sucrés dans la pénombre d'un vieux gynécée il nous faudrait Byzance sans les byzantins, plongées dans un bain grec aux effluves de camphre, le corps comme un épice doré sans le soleil, la fumée d'un vieux broc d'eau brûlante à la place du cerveau, et cette volupté inutile et immense jusqu'à nous dégoûter de tout et sombrer dans un coma la mort surchargée de soieries d'or et de pierres colorées une mort baroque et ridicule dans un harem vide où deux statues encore dormiraient enlacées comme si on les avait oublié. 

Il y a ce parfum noir et fumant comme l'opium au creux de draps en charbons sombres mais ardents. Regarder la robe au décolleté savant et cette pierre brillante près de mes seins tout près de sa morsure, mirer les feux de la jeunesse à toutes les époques, celle des vierges aigries des nubiles épanouies, celle des maîtres et des esclaves noirs, des eunuques grisâtre et des boiseries trouées d'où pointent des yeux avides et des chairs roses. J'ai dix milles vies ce soir, quand Moura et Oirpes me jouent encore aux cartes je suis cette œuvre d'art en talons rouges et petite robe du soir le manteau militaire jeté sur les épaules dans une partie de poker au crâne à défaut des jambes en l'air on me joue pour une poignée de pièces d'or ou pour juste un baiser, assise sur le lit blanc comme un socle les bras nus ballants attendre que Tempus rafle la mise en riant. Tout va bien faites vos jeux, fais ton jeu encore toi sur moi tu peux bien parier tu gagnera encore. Je n'ai pas l'âme odalisque, je ne suis pas une statue, ni un mythe alors viens j'ai encore des mystères et quand j'en aurait plus on saura bien quoi faire. Moura lance encore le désir et fait 6 à chaque fois. Oirpes tire les cartes sur un tapis volant, j'ai la nuque penchée et nue à fixer l'As de coeur qui pique un peu quand même mais qu'importe le jeu, le corps est casino flambant puis bordel assyrien en rêve, et je peux murmurer les plus désordonnées des odes sans craindre les Enfers.

05.12.05 

Des mirages. Rien de plus. Le réussir quand même ce foutu examen. Me maudire d'avoir gâcher ces derniers jours dans milles regrets. Et en sourire. Détour au cap, la vie est une bande digitale où le film est coincé, un photomaton chargé en LSD charnel et en flingues chromés. Lumières euphorisantes. Peut-être que ce n'est même pas la vie, seulement ce goût de fête glissé contre mes veines. Bonne humeur tendre et affriolante, les corps baroques pendus comme des épouvantails dans chaque rue. Et contre sa lèvre.  

02.12.05

Le café La Gargouille. Le temps est pluvieux et tiède pour décembre, comme une vieille mousson oubliée. Les temps deviennent fous. J'ai envie de me donner à n'importe qui, de m'abandonner à n'importe quoi. J'ai rêvé de M" la fan de Gainsbourg, me souvenir des jours où je sautais sur son lit avec sa nièce, la musique basse et cette odeur de pain trempé dans le lait. D'autres jours. Un autre. Je montais des escaliers noirs, combien d'années passées. La mémoire flanche comme les vieux bourgeons grisâtres et tombés entre les marches. La mezzanine de bois mort, le studio froid. Le bruit de la douche gouttant et cette femme nue derrière la vitre, les duvets blonds des bras hérissés dans la cuisines. C'est cela devenir adulte, avoir ce genre de mauvaises pensées. Mauvaise prise, mauvais concile. 14h25. Dans un demi heure ce partiel rendu, ne pas maîtriser les angoisses. Il faudrait analyser, le processus, cette chute cette imprécision, quand le coeur est plus lourd, les gestes mécaniques et la respiration tremblantes. Rien de plus qu'une terrible machination chimique, rien de plus. Avoir terreur d'un chiffre sur 20 deux chiffres si on a de la chance, une autre stylo rouge griffonnant des reproches. Tout le monde à le droit à l'erreur et moi je ne me l'octroie même pas. Toujours ce besoin de fierté, dommage, très dommageable au corps, souffrant sur sa chaise, au teint plus creux que les assiettes. Arrêter de boire du café. J'ai l'âme nerveuse d'origine, estampillée dans mon crâne, un bout de cerveau de la taille d'un timbre poste qui me fait voyager aux contrées de l'angoisse pour rien. Qui m'indispose, me torture, pour rien. Que dalle tu entends? Je veux savoir prendre des gifles sans sortir à chaque fois mes griffes. Les pattes dans le vide, chercher l'appuis là où il n'y a rien et loupé l'écorce. Sourire et bouillonner à en mourir. 14h32. Mon cerveau est une horloge. Faire courir le stylo pour marteler la peur, je suis faible de corps et d'esprit, et il n'y a pas de saints, des humains seulement terrifiés sans sourire carnassier, ce genre d'homme lâche, celui qui abandonne comme moi je m'épanche à la page dans n'importe quel ennui, et n'importe quelle détresse. 

Vous croyez aux miracles? Les vierges ne sont que des vierges et les enfants jésus que des geignards. Dans le métro le noir souriait; je fixais ces dents blanches à l'émail aveuglant, la voix chantante et la conversation agréable. Quand quelqu'un offre un morceau de monde dans sa voix, quand il a ce pouvoir étrange de dissiper les autres, les regards. J'oubliais à quel point cet univers était hostile. Penser à elle, et à l'hostilité. Pas vraiment de cessez le feu contre nous, à peine des accalmies que tout reviens, toujours dans les jours où nous sommes les plus heureuses. Il y a une forme d'injustice dans la temporalité. Et là le noir dans le métro, sa voix de jazz man éreinté étrangement arrivé ligne D, ce réchauffement étrange la langue habilement déliée. Cette joie que nous ne pouvons plus comprendre quand le cow boy s'enorgueillie: "nous somme des  nations violentes". La plus forte est traumatisée et emmurée dans les hymnes refaits. Des nations violentes, des hommes faibles. Ce sang dans les chambres froides tout près du fleuve Congo et ses cadavres flottant sur le Danube comme des voiles affaissées. Où est la différence. Il y a la France assise dans la rame, celle de la honte et cette angoisse plaquée de force à mon visage quand il y a tant de combats bien plus à craindre, tant d'Histoire moins vaine que celle de ce partiel là. Me souvenir des mathématiques. Eux aussi j'en avais peur. Il y a peut-être une injustice aussi dans la terreur, j'ai toujours eu celle des riches et des heureux. Ce genre de peur stupide et intellectuelle.

02.12.05

Valdès dort contre ma joue. C'est triste d'être aussi terminée finie éreintée de la semaine, foutue en quelque sorte. Jeter des sorts à des mouches, voir des miracles quand les couloirs deviennent Lourdes, pour quelque temps murmurer au vent 'je sais bien que j'ai un problème'. Valdès chassée par un papillon butinant mon cou. Jolie fin de semaine chagrine, un goût de sang dans la bouche jeudi, l'odeur âcre plantée sur les non-dits, charmer les statistiques et nous évanouir. Comme toujours. Attendre qu'on crève plus nombreux pour s'essayer à revivre. Jouer les faiblesses, j'ai l'arachno phobie fascinante et écarlate, la scarlatine au bas ventre, chaque membre avili par leurs chiffres. Valdès dort contre ma joue je lui ai demandé si elle ressentait quelque chose, si la question l'avait effleurée autant de fois qu'a moi. Si elle en avait peur. Elle a dit qu'elle savait pas, que je devais parler dans ces cas là, au lieu de babiller mes réflexions centristes et excentrées.

J'ai dit que je n'étais pas encore cubaine, qu'il restait la pudeur pendue au poteau, ou quelque chose qui lui ressemble et clos les lèvres. Allumer des cigares d'incompréhension; mieux que les cierges blancs. Zoé V qui s'est tue devant le papillon et moi clopinant dans la ville vers midi. Il y avait cette pluie fine, souillée, ces immeubles dressés comme des seringues et deux cœurs au milieu, se disant moins en danger que la foule, pourtant plus vulnérables que beaucoup. Encore une question de vulnérabilité; Vulnerée, prématurée des petits points nerveux d'interrogation. Fusiller Napoléon et ses batailles, puis les autres combats, déjà vains, et nos souffles envieux et collés sans se soucier vraiment d'une quelconque transmission, si l'œil gratte si la gorge s'enflamme. Nous prendre en grippe jusqu'à la moelle osseuse et qui saura..

01.12.05

Réveillée à 11h d'un sommeil comateux et maintenant fourguée dans le métro bardée de lainages. Il fait doucement froid et un soleil brille comme un néon inutile. Aujourd'hui c'est du rouge partout, journée mondiale des pantins sanglants que l'on est. Ils disent les années sida mais on se tait, ils disent que la moitié des sidéens sont jeunes et je clos les poings sous la douche. Le plaisir est bouffé par les lueurs morbides. Flageller les corps, sans fouet, l'eau gèle. Repenser à des mains cherchant les cœurs, en entier. Combien de risques dans ces cas là. Où est le pourcentage. Où sont les anges pour pointer du doigt les grands complots. On est bien foutus les cheveux dans le lit hérissés d'épées, ou est la vérité en fait. Tout à l'heure la radio grésillait comme sous des guerres mondiales, une guerre, une seule. Les gosses aux larmes roulant sur l'autoroute des joues en sillons imparfaits, les bouches aux lèvres charnues ouvertes dans les jouissances imparfaites, les dos sans vertèbres. Enlacer le scorpion, l'araignée. Œil clos et amoureux, tant pis.